Dans ce blog, vous découvrirez des informations sur une posture thérapeutique qui découle de celle de Carl Rogers et appelée « soin centré sur le patient ». Cette posture a plus tard donné naissance à l’Education Thérapeutique du Patient et a abouti à l’idée de soin en Partenariat avec le Patient. Parallèlement, Antoine de la Garanderie a formalisé une posture pédagogique qui part des compétences de l’apprenant et qu’il a nommée « Gestion Mentale ». Aujourd’hui, toutes ces théories trouvent leur application dans la clinique quotidienne, afin que le patient devienne acteur de ses soins – soignant – autant que le professionnel médical ou paramédical qui l’accompagne.

Ma pratique de l’orthophonie enrichit chaque jour mes connaissances par l’expérience, alliant savoir théorique et savoir expérientiel.

C’est pourquoi je souhaite sincèrement que vous puissiez vivre ces beaux moments de partage avec vos patients.

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Voilà une question que beaucoup d’orthophonistes – et vous peut-être – se posent en s’intéressant à ce sujet. Or le mémoire d’Ilona WERBA, soutenu cet été 2020, permet, d’après moi, de répondre à cette question épineuse (tous les pourcentages et sources de cet article proviennent du travail d’Ilona WERBA mais pas les réflexions qui en découlent ci-dessous : pour un retour aux sources, consultez son mémoire !).

« Parmi les orthophonistes exerçant en France, 21,3% considèrent savoir à quelles pratiques fait référence le partenariat patient » (WERBA 2020).

D’après vous, en quoi consiste le Partenariat Patient ?

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Si pour vous il s’agit d’amener le patient à agir dans son quotidien pour que les acquis de la séance se transfèrent à la maison, à l’école, au travail… je vous dis bravo !
Cela a d’ailleurs donné naissance à la notion d’Education Thérapeutique du Patient (ETP) pour les pathologies chroniques. Vous avez aussi certainement compris que l’exercice quotidien a plus d’impact que 30 à 45 minutes, 1 à 2 fois par semaine. Disons que c’est un bon point de départ. MAIS CE N’EST PAS SUFFISANT.

Mais comment amenez-vous vos patients à agir ? À partir de quoi ?

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Bien souvent ceci consiste à apporter notre savoir théorique et clinique, à partir duquel nous allons construire une séance que nous demanderons de reproduire à la maison. C’est une étape pratique et parfois une demande de certains patients (1). Mais c’est aussi une étape minimale d’engagement du patient, d’autant qu’il arrive que la demande vienne d’une personne tierce. Vous aurez deviné que CE N’EST PAS DU PARTENARIAT car la relation n’est pas équilibrée, le savoir transitant uniquement de l’orthophoniste au patient ; comme si nous savions tout et lui rien. Cette attitude, utile à certains moments, porte un nom : LA GUIDANCE.

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Je vous entends déjà me dire :  » mais pas du tout ! J’ai parfaitement conscience que mon patient sait des choses importantes ! ». Et vous aurez raison (2). Vous lui posez d’ailleurs des tas de questions à votre patient, n’est-ce pas ? Dès le bilan, vous essayez d’en savoir plus sur son mode de vie, son quotidien, pour adapter les objectifs thérapeutiques et les exercices. Vous avez bien compris qu’il n’y a pas de méthode universelle et qu’il faut s’adapter au vécu et aux besoins de chaque patient et de sa famille. Vous êtes empathiques et à l’écoute pour prendre la meilleure décision clinique possible pour ce patient. Félicitations pour votre bienveillance, nos patients ont tant besoin d’être entendus (3). Cette nécessité a donné naissance aux principes de l’écoute active de Carl ROGERS. Mais CE N’EST TOUJOURS PAS DU PARTENARIAT car la relation reste déséquilibrée et vous êtes seul.e à prendre les décisions. C’est ce qu’on appelle L’ACCOMPAGNEMENT.

***

D’ailleurs ça vous pèse parfois quand les situations sont compliquées : divorce, faible niveau socioculturel ou plusieurs pathologies à prendre en charge… Vous avez tellement peur de prendre la mauvaise décision, n’est-ce pas ?

Certain.e.s d’entre vous vont alors sur des groupes Facebook professionnels,
organisés par spécialité ou, en désespoir de cause, sur le groupe Facebook « coaching entre orthophonistes », pour déposer un peu du poids qui pèse sur vos épaules.
Vous y cherchez conseils, réconfort et surtout compassion. C’est tellement dur parfois
de prendre toutes ces décisions seul-e ! » Et le patient ne se doute de rien : vous avez l’air si sûr.e de vous…

Mais qui vous a dit que vous deviez porter sur votre dos les problèmes de votre patient ? Ah oui, l’expression « prise en CHARGE »!

Alors commençons par changer cette expression. Actuellement, il est admis que nous prenons « en soin » et non plus » en charge ». C’est au patient de s’assumer. Certains réfutent le terme de soin. Si c’est votre cas, pas de souci, trouvez un terme qui vous convienne et partagez-le : il fera peut-être consensus.

En attendant, qui doit prendre ces décisions ? Vous avez conscience qu’une plus grande place est donnée au patient dans le soin et le système de santé (4). Allons, si le patient était capable de prendre les décisions cliniques sans vous, on ne voit pas pourquoi vous auriez fait tant d’années d’études à vous farcir des cas cliniques ! Pourquoi viendrait-il vous voir alors ?

En résumé : décisions par le patient ? impossible. Par vous ? désormais hors de question. Alors par qui ?

***

Eh bien par vous ET le patient ! Je m’explique. Il s’agit d’abord d’informer le patient sur les différentes options disponibles et de lui transmettre les connaissances théoriques et cliniques que vous avez (GUIDANCE). Puis vous l’aidez à exprimer ses propres peurs, contraintes, valeurs, priorités etc. pouvant contribuer au choix (ACCOMPAGNEMENT). En reformulant, vous l’invitez alors à prendre lui-même la meilleure décision, enrichi des savoirs mutuels. CE PROCESSUS DE CO-DÉCISION EST DU PARTENARIAT (5).

Nous verrons que ce processus, s’il peut être mis en route à tout moment de la prise en soin, est plus efficace et rapide lorsqu’il débute dès le bilan. « Pour cela, le patient traverse un processus d’empowerment, c’est-à-dire qu’il acquiert progressivement des moyens pour agir sur sa vie et sur sa santé » (WERBA 2020, d’après 6). A terme, le patient devra détenir toutes les informations théoriques, cliniques et pratiques nécessaires pour prendre les meilleures décisions en toute autonomie et les appliquer. Ces conditions seront les objectifs de la prise en soin (7) donc les conditions de l’arrêt de la prise en soin, parfois même avant que les scores soient normalisés.

Alors, combien d’entre-vous vont jusqu’à la co-décision ? D’après Ilona WERBA, seuls 16,1% des orthophonistes travaillent réellement en partenariat avec leurs patients car les orthophonistes sont peu ou mal formés sur ce sujet. Il y a pourtant une véritable demande des patients d’être inclus dans le soin et dans les décisions (8). Je vous invite donc à consulter le mémoire d’Ilona WERBA pour en savoir plus…et à suivre ce blog pour découvrir comment mettre tout ça en place. Je vous conseille de commencer tout simplement par télécharger et utiliser mon questionnaire de partenariat patient.

Et vous, vous en êtes où ? Faites-vous de la guidance comme 4,9% des orthophonistes interrogés, de l’accompagnement comme 79% ou autre chose ? Dites-le moi en commentaire.

Voici les références citées :

1= KUNZ L. et DEVEREY A. (2015) L’accompagnement parental est-il efficace ? In Rééducation orthophonique (vol. 261, p.191-206)

2= KERLAN M. (2019) La place du patient dans le parcours de soins in L’orthophoniste consultable en ligne

3= SCHAAD B. et al. (2017) Patients : becoming a person before being a partner in Revue médicale suisse, 13 (566), 1213-1216

4= MOUGEOT F. et al. (2018) L’émergence du patient-acteur dans la sécurité des soins en France : une revue narrative de la littérature entre sciences sociales et santé publique in Santé publique, vol. 30(1), 73-81

5= GURUNG G. et al. (2020) Child/youth, family and public engagement in paediatric services in high-income countries : a systemic scoping review on Health Expectations : An International Journal of Public Participation in Health Care and Health Policy, 23(2), 261-273 consultable en ligne

6= TILKIN C. et al (2020) Considering Patients’ Empowerment in Chronic Care Management : A Cross-Level Approach in European Journal of Investigation in Health, Psychology and Education, 10(1), 134-142 consultable en ligne

7= ROIGT, D. (2017) Compte-rendu de L’éthique clinique : pour une approche relationnelle dans les soins consultable en ligne

8= LOCKE et al. (2020) Parent Perceptions About Communicating With Providers Regarding Early Autism Concerns in Pediatrics, 145(suppl 1), S72-S80 consultable en ligne

Dites-moi si vous préférez avoir ces références ainsi ou bien dans le corps de l’article, ou si une bibliographie globale suffirait. Est-ce que les sources sont importantes pour vous ? Dites-le-moi en commentaire ou par mél à contact@larzillere-aurelie.online .

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C’est à cette question que répond la très enrichissante formation sur « le partenariat parental en orthophonie », de Jérémy PERICHON et Sophie GONNOT. J’ai eu le plaisir d’y assister en avant-première les 27 et 28 août 2020 grâce à l’association OLA.

Orthophonistes tous les deux en libéral, avec des publics très différents, ils apportent avec générosité le fruit de leurs recherches, de leurs tâtonnements et de leurs expériences. Tandis que Jérémy nous fait profiter de sa grande connaissance théorique, Sophie nous partage ses expériences d’orthophoniste ainsi que ses réactions de Maman. Ensemble, ils ont pensé à la manière de « mettre les parents en action » dès le bilan et jusqu’à la fin de la prise en soin.

Leur formation commence par un cadre théorique et des références à l’Evidence Based Practice. Ils rappellent ainsi que l’efficacité du travail en partenariat est prouvée scientifiquement. Ils rappellent également que cela correspond aux diverses recommandations de la HAS depuis 2002.
Bien sûr, ils décrivent ce qu’est la relation de partenariat et ce que l’on peut en attendre. Ils précisent que les bénéfices touchent autant les orthophonistes que les patients, car le partenariat comble les besoins de chacun.

Ensuite, ils donnent des outils qui permettent d’intégrer les parents au bilan et en séance, de les inciter à faire des demandes et à prendre des décisions, puis de leur donner les moyens de poursuivre à la maison la prise en soin, pour finalement « restaurer le sentiment de compétence parentale ».
La prise en soin se révèle alors plus efficace et plus courte, les parents et l’enfant trouvant un équilibre et un savoir qui les rendent plus autonomes.

Tout au long de cette formation, une large place a été laissée aux questions et remarques des orthophonistes stagiaires. Cela a contribué à instaurer un esprit de coopération et de bienveillance, dans une ambiance à la fois studieuse et très décontractée.

Sans divulgacher leur formation (j’ai cru comprendre que c’était important pour eux), voici ce que j’en ai retenu :

  • un rappel de l’importance d’entendre les parents : les comprendre en plus de les écouter ;
  • de la réassurance et de la motivation pour permettre aux parents d’assister aux bilans en plus des séances ;
  • de la rigueur dans la présentation du plan de soin (co-décidé avec les parents bien sûr) ;
  • une réflexion sur la temporalité (prévoir la fin de la prise en soin, donner une date butoire pour l’atteinte d’objectifs concrets..) ;
  • des outils et une réflexion sur un matériel utilisable facilement à la maison ;
  • évidemment un rappel de l’importance des décisions parentales en toutes circonstances.

Bien entendu, tout cela peut être transposé aux patients adultes. Vous l’aurez compris, je vous recommande vivement cette formation ! Toutes les informations sont sur leur groupe Facebook Accompagnement Parental et Partenariat Parental en Orthophonie dont voici le lien :

https://m.facebook.com/groups_browse/your_groups/#!/groups/967468053588534/?ref=group_browse

Et vous, comment impliquez-vous les parents de vos jeunes patients ? Pour ceux qui connaissent déjà le partenariat parental (notamment celles et ceux qui ont suivi cette formation), qu’avez-vous réussi à mettre en place ? Qu’est-ce qui vous pose problème ? Y a-t-il des points avec lesquels vous êtes en désaccord ?

Partagez vos réflexions en commentaire.

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Le Partenariat Patient, c’est comme tout : s’intéresser c’est bien, s’y mettre c’est mieux. Mais pour se motiver, il faut avoir une idée de ce que ça va apporter dans notre pratique. Est-ce que ça vaut vraiment la peine de changer certaines habitudes, parfois en place depuis des dizaines d’années ? Vous vous doutez que je vais vous répondre oui ! Voici pourquoi.

Rappelons d’abord qu’il s’agit d’améliorer à la fois la santé des personnes (prévention puis guérison) et la qualité des protocoles de soins (accessibilité, continuité, efficacité, coordination et sécurité). Pour y parvenir, il faut agir dans 3 domaines : la recherche, l’enseignement et le soin. Je m’explique.

Les chercheurs ont souvent une vision tronquée de la maladie car leurs informations proviennent de tests laboratoires, d’autres études ou au mieux de questionnaires en QCM. Heureusement, ça commence à changer, mais j’en reparlerai une autre fois. Donc on oublie complètement les cas particuliers qui, même peu représentés,  peuvent avoir une incidence importante dans la vie des patients ou de leur entourage. Par ailleurs, les priorités ne sont évidemment pas évaluées de la même façon selon qu’on vit le handicap ou la maladie de l’extérieur (via la logique bénéfice/risque) ou de l’intérieur (via la douleur et les émotions). Faire appel à des patients-chercheurs permet donc de mettre ces connaissances en commun.

Du côté de l’enseignement,  on se base ensuite sur ces recherches et sur l’expérience clinique. L’enseignant-praticien voit cette expérience à travers le prisme de son propre vécu. C’est cette expérience qu’il transmet dans son discours, cette mise à distance de la maladie. Faire appel à des patients-enseignants permet de susciter l’empathie des soignants, de leur faire sentir les choses de l’intérieur. Par exemple, ils comprendront mieux à quel point laisser un patient à moitié nu attendre seul dans une salle, sans qu’il sache quand ni qui viendra le voir, n’est pas respectueux.

Enfin, ces soignants même bien formés de cette manière – ce n’était pas mon cas, et vous ? -, vont progresser encore par la pratique, ce qu’on appelle généralement « l’expérience clinique ». Or c’est ce que le praticien a appris d’après les cas particuliers de ses patients. Donc plus le patient saura exprimer ses problèmes et ses solutions, plus le soignant deviendra compétent et par conséquent, mieux le patient sera soigné.

Par ailleurs, je vous le rappellerai souvent car les études sont unanimes, l’implication du patient dans la décision thérapeutique va inciter à une plus grande observance des soins, ce qui contribuera à leur efficacité.

En fin de parcours thérapeutique , certains patients volontaires – dits patients-ressources – deviendront même suffisamment compétents pour en aider d’autres, les soutenir et les informer certes, mais aussi les aider à exprimer leurs ressentis et leurs inquiétudes. Parmi ces patients-experts, certains pourront ensuite se former pour devenir patients-enseignants et/ou patients-chercheurs.

J’espère ainsi vous avoir fait comprendre qu’inclure vos patients comme partenaires de soin aura un effet sur vous, vos patients et améliorera potentiellement toute la chaîne de soin.

Améliorer la santé à l’échelle nationale, en changeant seulement quelques habitudes, ça vous paraît difficile ?

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Je vous racontais dans un autre article (De quoi j’me mêle ? ou qu’est-ce qui m’a amenée au Partenariat Patient) comment je me suis questionnée sur la relation thérapeutique après une constatation : à force de donner des solutions à mes patients, ils finissaient par se demander, face à leurs problèmes, comment je penserais à leur place pour les résoudre.

J’avais passé tant d’années à appliquer ce que j’avais appris en formation initiale, pour ce résultat ! J’avais évalué, comparé entre les épreuves, déduit un fonctionnement erroné comme on « débug » un programme informatique. J’avais alors proposé des tâches de difficulté croissante, en proposant des facilitations (« C’est quoi ça ? … On le prend quand il pleut… C’est un p… C’est un paaa… un paraaaa… parapl… oui ! un parapluie, bravo !) ; ça vous rappelle quelque chose ? Parfois, je proposais directement une méthode, parce que je l’avais apprise ou parce que pour moi ça marchait.

Et parfois, j’avoue, ça ne marchait pas. Mais ce n’est pas le plus grave, non, car dans ces cas-là, j’essayais autre chose (nous avons beaucoup d’imagination, n’est-ce pas ?) et je finissais presque toujours par obtenir ce que je voulais…en séance. Non, le problème n’était pas là, c’était plutôt que, le plus souvent, ça marchait…en séance, comme je disais. Mais le transfert dans la vie quotidienne ne se faisait pas. Loulou se souvenait du « chapeau » du livre ou du jeu mais continuait à dire « sapeau », voire ne trouvait pas le mot à la maison. Mme Bonnedame était capable de se souvenir de 3 consignes en séance mais était trop souvent incapable de se souvenir des activités de sa matinée sans rechercher dans son agenda. Évidemment, Loulou et Mme Bonnedame étaient déçus d’eux-même et j’avais beau les rassurer, ça n’améliorait pas leur manque de confiance en eux. Ils disaient que c’était grâce à moi qu’ils y arrivaient. Pourquoi cette différence entre les compétences acquises en séance et leur utilisation dans la vie de tous les jours ? 2 raisons à cela.

La 1e était qu’il manquait à mes patients un imaginaire d’avenir. Ils attachaient les compétences acquises à une tâche (un livre, un jeu, une consigne…), à mon bureau voire à ma personne. Ils n’anticipaient pas leur utilisation dans la vie quotidienne. Certains adultes me demandaient même parfois « à quoi ça sert ». Je proposais bien quelquefois des situations de réutilisation mais il y avait toujours une situation imprévue que Mme Bonnedame me racontait la semaine suivante et JE réglais a posteriori SON problème à coups de « IL AURAIT FALLU », à la grande admiration de mes patients qui « n’y avai[ent] pas pensé » (sic). Mais je le faisais avec la meilleure intention du monde !

La 2e raison était que les compétences acquises ou les processus impliqués n’étaient pas les compétences ou les processus naturellement utilisés ni les moins coûteux (ce n’était pas leur langage pédagogique). Certains de mes patients reprenaient donc leurs habitudes une fois rentrés chez eux. Et les vôtres ?

Cette dépendance cognitive m’a donc finalement décidée à chercher une méthode qui permettrait à mes patients de se réapproprier leur intelligence, c’est-à-dire leur capacité à faire des liens entre les connaissances. Sur le conseil d’une collègue, j’ai découvert la Gestion Mentale auprès d’Anne-Françoise Bouillet (La Courte Echelle).

Et ce n’est pas une méthode que j’ai découverte, mais bien une relation thérapeutique différente. Face aux erreurs de mon patient, au lieu de faire des déductions hasardeuses (Frank Médina rappelle dans sa conférence sur la modélisation de la lecture en 2019 qu' »un même effet ne s’explique pas toujours par la même cause »), je peux maintenant le questionner pour savoir ce qui a fait sens pour lui, pour savoir quelle représentation (quel évoqué) et quel cheminement de pensée (quel geste mental) il a privilégié.

Peut-être, comme lors de ma formation, vous vous demandez ce qu’il en est des patients non-verbaux, autistes ou aphasiques : comment peuvent-ils me dire ce qu’ils ont fait dans leur tête ? A cela, Anne-Françoise m’a toujours répondu : « pour qui veux-tu savoir cela ? », et j’ai fini par comprendre : cette fois je ne suis plus celle qui sait, mais celle qui permet de savoir, comme un miroir. Comme le coach qui court un petit moment aux côtés du marathonien et lui dit « c’est bien, tu y es presque, tu as déjà tant parcouru, continue comme ça. Tu te sens comment ? As-tu besoin de quelque chose ? » Même si le marathonien ne peut pas répondre, cela le fait cheminer mentalement et, de fait, par SA seule force mentale, avancer plus facilement sur SA route malgré SES obstacles. J’ai alors réalisé que la relation thérapeutique ne serait plus jamais la même. Quelques années plus tard j’ai appris que cela avait un nom : le Partenariat Patient.

Est-ce que vous connaissiez la Gestion Mentale ? Est-ce que ça vous intéresserait d’en savoir plus ?

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Vous avez tous entendu parler de l’Education Thérapeutique du patient, ou ETP. Il s’agit pour le soignant de donner les explications nécessaires, en lien avec le projet de vie du patient, afin de le faire adhérer aux soins et de le rendre autonome, capable d’autogérer ses soins.

Mais je suis certaine qu’il vous est déjà arrivé d’être confronté à un manque de motivation de votre patient. Pourquoi ? Et d’où vient sa vision si différente de la vôtre ? Et bien, si…vous lui demandiez son avis ? C’est la base d’une relation thérapeutique centrée sur le patient et dans laquelle il a pleinement son rôle.

Je vais donc vous expliquer comment et pourquoi le concept d’ETP a évolué vers celui, bien plus équilibré, de Partenariat Patient.

On peut distinguer 3 causes ayant amené à l’idée d’éducation thérapeutique puis de partenariat avec le patient.

  • Le handicap et les maladies chroniques entraînent un changement dans les habitudes de vie. On peut en prévoir certains paramètres (temps allongé pour certaines activités, besoin d’un aidant…), lesquels sont discutés lors de l’éducation thérapeutique. Mais ils apportent aussi des contraintes spécifiques à chaque patient et qui ne peuvent toutes être prévues et doivent être formulées pour que des solutions puissent être cherchées. Ainsi, même si patient n’avait pas pensé que le temps plus long du repas le ferait arriver systématiquement en retard à son club du mardi après-midi, les questions du thérapeute sur sa vie quotidienne feront émerger ce problème et ils pourront, ensemble, réfléchir à une solution qui convienne : il pourra se mettre à table plus tôt ou prévoir un repas mixé pour le mardi midi.
  • De plus, avec l’éducation à la santé et maintenant avec internet, les patients accèdent plus facilement à l’information médicale, sur des sites ou des forums pas toujours fiables d’ailleurs. Tout cela augmente les besoins et les moyens des patients, voire chez certains des désirs de s’autogérer. Je suis sûre que vous les connaissez ces patients qui ont fait un autodiagnostic en remplissant un formulaire sur internet !
  • Enfin, est née la recherche d’une meilleure coordination pour une meilleure continuité des
    soins (pensons au virage ambulatoire en France, qui vise à faciliter le soin en ville plutôt qu’à l’hôpital). Et là,  on s’est aperçu que le dernier maillon de la chaîne était le patient lui-même.

La première étape a donc été celle de l’éducation  thérapeutique ( ETP), c’est-à-dire d’un soignant qui enseignait au patient. Nous sommes beaucoup à avoir été formés à cette pratique, et la guidance parentale rentre dans cette catégorie. Mais il faut avouer que certains conseils tous prêts tombent un peu comme un cheveu sur la soupe !

Dans les années 70 (1970, je précise pour ceux qui sont nés au XXIe siècle 😉 ), on a enfin donné la parole aux patients et on a osé les écouter, dans une démarche de soin centré sur le patient (cf. Carl ROGERS). L’accompagnement parental a suivi pour les soins aux enfants : les conseils sont désormais adaptés au vécu des familles.

Puis on a eu l’idée qu’un patient ainsi formé pouvait enseigner à un autre patient, ce que l’on retrouve souvent dans les associations, et c’est devenu une part importante de l’ETP. On retrouve cette idée dans le concept de Patient Ressource, formalisé dans le Partenariat Patient comme un aboutissement du parcours thérapeutique de certains patients volontaires.

Mais il a fallu un peu de temps avant de comprendre l’intérêt d’une récursivité : le patient peut à son tour enseigner au soignant, lors des consultations et après, jusque dans les facultés de médecine. Il faut dire que c’est un complet renversement de paradigme, que dis-je, un bouleversement culturel !

Et vous ? Etes-vous prêt.e à apprendre de votre patient ?

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Formatrice dans l’âme puis de métier, avant de devenir orthophoniste, je me suis intéressée
il y a longtemps déjà à la maïeutique de Socrate. Il prétendait faire accoucher les êtres de la Vérité en leur posant des questions dont le cheminement logique les y conduisait tout naturellement.

Je l’ai longtemps appliquée, partant d’où en était mon patient, selon ce que je devinais à travers ses erreurs. Cela semblait fonctionner avec la plupart. Mais je les trouvais passifs et je ne comprenais pas pourquoi certains ne s’appropriaient pas la démarche. Je ne suis pas la seule, n’est-ce pas ?

La question a vraiment commencé à me travailler lorsqu’une formatrice GEPALM m’a fait prendre conscience qu’il n’y avait pas La Vérité du cheminement logique mais bien plusieurs chemins logiques pour arriver à un même résultat. Les choses se compliquaient : comment deviner alors ce qui se passait dans la tête de mon patient ? L’analyse de la production n’était plus suffisante… Vous le saviez, non?

Un autre problème plus insidieux se posait et c’est une patiente qui m’en a fait prendre conscience. Adulte, en fin de rééducation post-AVC, elle revenait de vacances.  Ça s’était bien passé hormis un petit souci mais elle a su trouver une solution… en se
demandant « Comment aurait fait mon orthophoniste ?  » ! J’ai alors été prise d’un vertige en me représentant ma patiente se posant cette question face à chaque problème du quotidien…vous imaginez un peu ?

Je devais absolument changer de méthode pour que mes patients prennent confiance en leur propre façon de penser. J’avais tout faux depuis le début (ok pas tout). Des lectures de spécialistes m’ont fait découvrir que la maïeutique socratique n’était qu’une façon très habile d’empêcher toute pensée libre pour amener l’interlocuteur à penser comme le maître. C’était réussi !

D’actives recherches et l’aide de mes collègues m’ont enfin amenée à la Gestion Mentale, à laquelle je me suis formée. Cette fois, c’est le patient qui doit découvrir comment il fonctionne, le thérapeute n’est qu’un peu guide et beaucoup miroir. C’est donc la conjonction de nos savoirs – mon savoir théorique et son savoir expérientiel – qui permet la remédiation. En cherchant à approfondir cette posture nouvelle, j’ai découvert qu’elle avait un nom : le partenariat patient.

En somme, si mon expérience thérapeutique m’a incitée à me poser des questions sur ma pratique, c’est une petite phrase lourde de sens qui été le déclic pour chercher une solution.

Ça m’a finalement décidée à changer ma façon d’exercer. Et vous ?

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